L’umami

26 Décembre 2023

L’umami

5 ème saveur sublime qui fait saliver et apporte du bonheur aux papilles

 

 

Depuis plusieurs années je travaille fort à toujours essayer de maximiser les saveurs des plats que je prépare. Connaissant le problème de la surconsommation de sodium causée principalement par l’alimentation industrielle (et son impact sur la santé), j’ai toujours porté une attention particulière au sel que j’ajoutais dans mes recettes en favorisant plus les épices et les herbes fraîches dans ce que je préparais.

La saveur umami m’a toujours intrigué et j’en comprenais le fonctionnement mais honnêtement uniquement en surface car j’était loin de ce que l’umami est réellement. Comme beaucoup de monde je me faisais une fausse idée du glutamate monosodique et donc, j’évitais d’en utiliser. Suite à de nombreuses recherches et lectures (de référence) j’ai compris que l’umami est présent dans une grande quantité de produits et dont je ne connaissait pas la source de leur qualité gustative. J’ai fait également la découverte de l’existence des ribonucléotides,  d’autres substances umamis qui mis en combinaison avec le glutamate sublime cette 5 ème saveurs.

Depuis quelques années j’ai développé un fort intérêt pour la cuisine japonaise et les merveilleuses saveurs de cette cuisine. Cela m’a amené à m’intéresser à la façon de préparer les dashi (bouillon) entre autre. Les japonais (comme les chinois ou encore les coréens) on un sens incroyable du goût umami.

Dans mon travail, j’ai également observé l’alimentation des jeunes enfants et principalement leurs préférences en matière de goût. J’ai eu la surprise de constater que les enfant aimaient énormément les plats tomatés et tous ceux qui contenaient du soja, de la sauce de poisson, du kimchi et du parmesan. Et qu’en je vous dis aimer, c’est vraiment aimé! Ce qui me surprend, c’est que même les plus jeunes (18 mois) n’ont pas l’air d’avoir de problème avec l’acidité des tomates, l’épicé du kimchi ou encore l’odeur du parmesan (même si les plus vieux me disent que ça sent pas bon ils finissent par en reprendre pareil) 😅. 

Je n’avais donc d’autres choix que de pousser un peu plus loin mon apprentissage sur l’origine de l’umami et son impact sur la nutrition.

 

 

Ce qu’on croit n’est pas forcément la réalité

 

 

On a longtemps pensé qu’il n’y avait que quatre goûts de base : le sucré, l’acide, le salé et l’amer. Puis un scientifique au Japon, le professeur Kikunae Ikeda de l’Université impériale de Tokyo (aujourd’hui l’Université de Tokyo) a remarqué la présence d’un goût qui n’entrait dans aucune de ces catégories. Le professeur japonais de chimie physique  a élucidé ce mystère en 1909 lorsqu’il a extrait un composé blanc du varech géant utilisé pour donner aux bouillons japonais une saveur savoureuse et charnue, même en l’absence de viande.  Il a ainsi découvert que le principal composant gustatif du kombu dashi (bouillon) était le glutamate, et le surnommant « umami », a rédigé un article universitaire expliquant l’existence de l’umami comme l’un des goûts de base.

Cela fait plus d’un siècle que l’umami a été découvert au Japon, mais l’umami commence à peine à attirer l’attention du monde entier, principalement des chefs et d’autres personnes ayant un fort intérêt pour la nourriture.

L’umami est le cinquième goût, rejoignant le sucré, l’acide, le salé et l’amer. Ce sont des goûts uniques qui ne peuvent pas être créés en mélangeant d’autres goûts et sont connus comme les goûts de base ou primaires. Suivant les traces du professeur Ikeda, d’autres scientifiques japonais ont découvert les substances umami inosinate  (l’inosinate disodique est un sel disodique de l’acide inosinique. Sa saveur umami e est utilisé comme additif alimentaire dans les denrées alimentaires. Il est utilisé en synergie avec un autre exhausteur de goût, le glutamate monosodique) et guanylate (le guanylate disodique, ou disodium 5′-guanylate, est un sel sodique de la guanosine monophosphate. Autre additif alimentaire utilisé comme exhausteur de goût, pour apporter le goût umami aux préparations alimentaires). Umami est un terme général utilisé principalement pour les substances combinant l’acide aminé glutamate, et/ou les nucléotides inosine et guanylate, avec des minéraux tels que le sodium et le potassium

L’umami est également contenu dans une variété d’aliments et nous est familier par le goût des aliments traditionnels tels que la sauce soja, le miso et le fromage. Cependant, ce n’est qu’il y a environ un siècle que l’umami a été découvert comme goût de base et que le glutamate monosodique a été inventé et lancé comme assaisonnement umami.

(voir tableau ci-dessous)

 

 

Comment se défini La saveur umami?

 

 

Goût délicat.

Un goût doux et subtil. Un goût qui se répand sur la langue, l’enrobant complètement. Un goût persistant et qui perdure. Une sensation qui met l’eau à la bouche. C’est ainsi que les chefs qui ont expérimenté et reconnu l’umami décrivent ses caractéristiques.

 

 

On accorde trois propriétés à l’umami

 

 

 Propagation du goût

L’umami a un impact majeur sur l’arrière-goût des aliments. La saveur umami est souvent décrite comme un goût qui se diffuse dans la bouche et principalement au niveau de l’ensemble de la langue et non pas juste sur certaines zones de réceptivité comme les goûts salés et sucrés. 

 

Persistance du goût

 

Lors d’une étude on a demandé aux participants de prendre séparément des solutions de glutamate et d’inosine de substances umami, de sel de table et d’acide tartrique (le composant acide du vin) dans leur bouche, puis de recracher les solutions et de comparer l’intensité du goût laissé dans leur bouche.  les scientifiques ont dénoté suite à ces dégustations  que les goûts salés et acides du sel de table et de l’acide tartrique se sont rapidement estompés, l’umami par contre s’est avéré persister pendant plusieurs minutes. 

 

Favorise la salivation 

 

Le goût aigre ou acide est largement connu pour favoriser la salivation, mais en fait, il a été révélé que l’umami déclenche la sécrétion soutenue de salive pendant une période plus longue. la salive produite avec des goûts acides a une qualité plus légère, alors que la salive produite avec de l’umami est plus visqueuse, ce qui semble humidifier davantage l’intérieur de la bouche. Sans salive, nous sommes incapables de sentir le goût ou d’avaler les aliments en douceur. l’ umami détient la clé de ces fonctions.

 

 

Combinaison d’umami

 

 

Le glutamate monosodique (MSG) est désormais connu pour être la principale molécule qui stimule les récepteurs gustatifs umami humains. Des recherches ultérieures ont révélé que le goût umami généré par le MSG était grandement potentialisé par la présence de ribonucléotides, plus particulièrement du monophosphate disodique de 5′-inosine (IMP) et du monophosphate disodique de 5′-guanosine (GMP).

Sans s’en rendre compte les gens capitalisent sur la synergie de l’umami depuis des siècles, bien avant que cet effet ne soit scientifiquement prouvé. Partout dans le monde, dans des plats allant des soupes associant légumes riches en glutamate et viandes et poissons riches en inosine, au piquant de la cuisine chinoise extraite d’os de poulet ou de porc et d’oignons verts, en passant par le dashi japonais à base de kombu (riche en glutamate) et katsuobushi (flocons de bonite) riche en acide inosinique, les gens ont acquis une compréhension empirique de la synergie umami et ont appliqué ces connaissances à la cuisine.

En tant que substances pures, les glutamates, y compris le MSG, produisent un goût umami relativement faible. Mais lorsqu’elle est dégustée en combinaison avec certains nucléotides, notamment l’inosinate et le guanylate, que l’on trouve dans la viande, les fruits de mer et les champignons séchés, la sensation d’umami est grandement amplifiée. Lorsque les glutamates et les nucléotides sont présents à des niveaux égaux dans les aliments, la force du goût umami est grandement supérieure à celle des glutamates seuls.
Il est intéressant de noter que lorsque les nucléotides et les glutamates sont combinés en cuisine, il n’y a pas de réaction chimique entre les deux. Au lieu de cela, les nucléotides affectent les récepteurs du goût de la langue humaine, modifiant la forme des récepteurs du glutamate et leur permettant d’envoyer des signaux plus forts au cerveau.

 

 

Mauvaise réputation du glutamate: Vrai ou faux?

 

 

Le glutamate monosodique (MSG) a eu une mauvaise réputation dans la presse, en partie à cause du « syndrome du restaurant chinois. » Le terme a été inventé à la fin des années 1960, lorsque les gens se plaignaient de maux de tête et de troubles digestifs après avoir mangé de la nourriture chinoise et soupçonnaient que le MSG en était la cause. Cependant, de nombreuses études n’ont pas réussi à trouver un lien entre le MSG et ces symptômes. Certains experts suggèrent que les bactéries se développant sur du riz cuit à température ambiante en sont la cause. Compte tenu de la prévalence actuelle du MSG dans l’approvisionnement alimentaire américain, rien ne prouve que cet additif cause des problèmes médicaux.

 

 

Intérêt croissant: Pourquoi ?

 

 

Les fonctions de l’umami (incluant le MSG) suscitent un intérêt croissant non seulement dans le monde de la cuisine, mais aussi auprès des professionnels de la médecine et de la nutrition. car l’umami permet l’ajout de moins de sel dans la nourriture

L’umami aide à réduire la teneur en sel dans la cuisine. De nombreuses études et statistiques établissent un lien entre une consommation excessive de sel et de nombreuses maladies liées au mode de vie. Pourtant, les aliments nécessitent une certaine quantité de sel pour avoir bon goût. Une réduction drastique de la teneur en sel rend les aliments insipides, et bien que nous sachions que réduire la consommation de sel est bon pour notre corps, un régime pauvre en sel est difficile à maintenir. Il a été démontré que l’utilisation de l’umami permet de réduire la teneur en sel sans compromettre l’appétence. Dans une expérience comparant une soupe aux œufs préparée selon une recette standard avec une soupe à base d’umami supplémentaire, il a été constaté que le sel pouvait être réduit d’environ 30 % dans la soupe enrichie en umami sans perte d’appétence.

De la même manière, certains restaurants japonais expérimentent le fait de servir des aliments kaiseki (dîner japonais traditionnel à plusieurs plats. Le terme fait également référence à l’ensemble des compétences et des techniques permettant la préparation de tels repas et est comparable à la haute cuisine occidentale) sains pouvant être savourés également par ceux qui suivent un régime réduit en sel, en se concentrant sur l’augmentation de l’umami dans la préparation des aliments.

Incorporer habilement l’umami dans notre alimentation quotidienne nous permet de savourer des repas savoureux, même avec moins de sel.

 

 

Même les plus jeunes (bébé) sont d’accord

 

 

La sensation gustative, qui a été classiquement délimitée en cinq qualités gustatives fondamentales : sucré, aigre, salé, amer et umami, a suscité un réel intérêt ces dernières années en tant que déterminant majeur de ce que nous mangeons (malheureusement un aspect trop souvent négligé de la nutrition).

Le goût joue un rôle essentiel en tant que gardien de ce qui pénètre dans le corps, en le protégeant contre l’ingestion de substances dangereuses (par exemple, des poisons au goût amer) tout en encourageant la consommation d’aliments importants pour la croissance et le développement, y compris le lait maternel, le glucose facilement disponible dans les plantes contenant de l’énergie (par exemple, les fruits sucrés), un minéral nécessaire (sel) et les protéines (umami).

En ce qui concerne le goût umami, l’une des observations les plus surprenantes est que le lait maternel humain contient jusqu’à 19 fois la teneur en glutamate libre que le lait de vache. Cette observation a permis aux chercheurs de réfléchir au rôle que pourrait jouer l’umami dans le contrôle de l’alimentation du nourrisson.

L’umami est un goût important pour les nouveau-nés. Le lait maternel riche en glutamate et également présent dans le liquide amniotique, ce qui fait de l’umami un goût familier avant même la naissance.

Pour les bébés aussi, les goûts de base sont un signal vital qui leur dit si ce qu’ils ont consommé est nutritif ou nocif. Lorsque des solutions acides et amères ont été placées dans la bouche de nourrissons de quatre mois en transition vers des aliments solides, leurs réponses faciales ont indiqué un rejet des goûts. En revanche, lorsqu’on leur offrait un liquide sucré, ils semblaient calmes et heureux.

Lorsqu’on leur a ensuite donné de la soupe aux légumes, les nourrissons ont légèrement grimacé, mais lorsqu’on leur a donné de la soupe aux légumes avec de l’umami ajouté, ils ont montré le même degré de satisfaction que lorsqu’on leur a donné le liquide sucré.

 

 

Améliorer la qualité de vie des personnes âgées

 

 

L’umami est alléchant, littéralement. Les progrès récents de la physiologie du goût confirment que le glutamate, favorise la salivation. La salivation est encore encouragée par l’ajout d’inosinate. L’altération du goût chez les personnes âgées est principalement due à une baisse de la salivation, et certains rapports suggérant qu’une telle altération du goût peut être améliorée en utilisant l’umami pour favoriser la salivation, des mesures sont en cours pour utiliser l’umami comme moyen d’améliorer la qualité de vie des âgé. 

 

 

L’umami satisfait l’appétit

 

 
L’umami peut aider à réguler l’appétit. Lorsqu’on a ingéré suffisamment de substances umami, le désir de manger davantage s’atténue et l’apport alimentaire est limité à un niveau qui correspond aux besoins nutritionnels de l’organisme. Dans le même temps, des signaux sont envoyés depuis les récepteurs de la langue vers l’estomac et le pancréas pour les avertir de l’arrivée d’aliments riches en protéines. Ainsi, la présence d’umami favorise une meilleure digestion des protéines. L’effet de l’ingestion d’umami sur l’appétit et la digestion illustre un phénomène général appelé homéostasie. L’homéostasie décrit un équilibre dans lequel des tendances opposées interagissent pour produire une forme d’autorégulation qui maintient un équilibre. Les aliments contenant de l’umami peuvent donc constituer une bonne arme dans la lutte mondiale contre l’obésité.
 
 

Ingrédients riches en umami (mg /par 100 g) (Centre d’information umami)

 

IngrédientsVariétésGlutamateInosinateGuanylate
Algues
Rausu kombu2290 ~ 3380
Ma kombu1610 à 3050
Rishiri kombu1490 à 1900
Hidaka kombu1260 ~ 1340
Naga kombu240 ~ 1400
Nori170 ~ 13501 ~ 403 ~ 80
Wakame 2 ~ 50
ThéThé vert17 ~ 1490
Légumes, Haricots,
pommes de terre
Tomates


150 ~ 250
Tomates séchées650 ~ 114010
Pois verts110
Racine de lotus100
Ail100
Maïs70 ~ 110
Shungiku80
Haricots de soja 30 à 70
Fèves60 ~ 80
Chou chinois20 à 90
Pommes de terre 30 ~ 100
Patate douce60
Épinards50 ~ 70
Carotte20 à 80
Pousses de bambou14 ~ 90
Asperges 30 ~ 50
Daïkon30 ~ 70
Choux30 ~ 50
Oignon 20 ~ 50
Oignon vert20 ~ 50
Brocoli 30 ~ 60
Céleri 20 ~ 30
Gingembre 20
Racine de bardane2 à 20
ChampignonsChampignon shiitake séché



1060150
Shiitake champignons frais70
Champignon Shimeji140
Champignon Enoki 90 50 (chauffé)
Champignon commun 40 ~ 110
Truffes 60 ~ 80
Fruits de mer Coquille 140
Crevettes 120 90
Oursins100
Palourde japonaise90
Niboshi40 ~ 50350 ~ 800
katsuobushi30 ~ 40470 ~ 700
Crevettes décortiquées surgelées15 ~ 30
Calamar20 ~ 300.2
Pieuvres20 ~ 30
Hamachi (sériole du Japon)5 ~ 9230 ~ 290
Sardine10 ~ 20280
Thon1 ~ 10250 ~ 360
Daurade10180 ~ 300
Aji (chinchard)4 ~ 13270 ~ 330
Bonite1 ~ 10130 ~ 270
Maquereau espagnol japonais3 ~ 11250 ~ 280
Maquereau10 ~ 30280
Morue5 ~ 10180
Huitre40 ~ 15020
Palourde210
Moule110
Shirasu séché(alevin)40240
Anchois6300
Calamars salés620
Caviar800
ikura (oeufs de saumon))202
Oeufs et viandesŒufs de poule 20
Porc10230
Poulet 20 ~ 50150 ~ 230
Bœuf 1080
Jambons Secs 340
Produits laitiersParmigiano Regiano
(Italie, type dur)
1200 ~ 1680
Fromage emmental310
Fromage cheddar180
Produits fermentésNatto140
Nampla950
Sauce aux huîtres900
Sauce soja400 ~ 1700
Miso200 ~ 700
Kimchi240

 

 

Références: «Umami Taste for Health, Ana San Gabriel, Tia M. Rains, Gary Beauchamp Editors» «Umami : Unlocking the Secrets of the Fifth Taste, G. Mouritsen and Klavs Styrbæk» «Centre d’information Umami» «Umami. The Fifth Taste, Michael Anthony, Heston Blumenthal, Alexandre Bourdas, Japan Publications Trading Co, 2014» «https://fr.wikipedia.org/wiki/Umami»

 

Photo:https://unsplash.com/fr/@dylara